Récemment, Eric Zemmour (pas le coiffeur, l’autre) est venu à Nice devant une salle comble pour «expliquer» que l’immigration et la féminisation de la société étaient des fléaux à combattre. Ça part mal… Attaqué sur tous les fronts, il insiste lors d’une interview : « J’ai simplement souligné que notre société a détruit le patriarcat. Et en supprimant la loi du père, on est tombé dans le caprice permanent, la dictature du bonheur née de la féminisation de la société.» Que le patriarcat soit mis en péril n’est pas une révélation en soi, d’autres l’ont constaté avant lui, depuis les années 1930. Je ne vois pas là de problème majeur à cette évolution d’ailleurs. Mais d’où sort cette idée du «caprice permanent ?». Nous serions, nous les femmes, des êtres «soumis au bonheur» ? Je ne comprends même pas ce que ça veut dire… Voilà une vision hallucinante de notre société : les hommes sont autoritaires et font loi tandis que les femmes sont submergées par leurs désirs fugaces et légers, inconséquentes. J’en perds mon latin, les bras m’en tombent, bref, je suis sur le cul !
Mais la «féminisation», ce n’est pas le tempérament de la femme qui prend le dessus — si tant est que toutes les femmes aient le même tempérament — c’est une approche différente des choses, avec d’autres buts, d’autres desseins que ceux dessinés par les hommes. La «féminisation» ne porte pas de bigoudi, ni de talons hauts ou de barrettes roses dans les cheveux ! C’est un regard sur la vie, ni meilleur, ni pire, mais différent. Cela dit, je comprends là que c’est la différence en soi qui lui pose problème. Les femmes ou les immigrés sont des créatures qu’il estime tellement différentes de lui !
Laissez-moi bavasser comme une vraie femme deux secondes : il s’avère que ce garnement n’a pas été élevé par son père, mais par sa mère et sa grand-mère. Le pauvre… il a été contraint de grandir dans un monde de capricieuses, ça n’a pas dû être facile tous les jours, hein ? Devenu grand, il infantilise les femmes et s’autorise ainsi à jouer le père, le père de toutes, peut-être celui qu’il n’a pas connu. Psychologie de comptoir ? Oui, c’est vrai, mais quand j’entends des propos aussi malfaisants, je me dis qu’il doit y avoir un souci à l’intérieur… Cet homme là devrait être plus autoritaire avec lui-même : assumer son héritage pluriculturel et gronder la petite fille capricieuse qui est en lui.
